Motocyclettes, figurines et GNS

Ron Edwards se réfère parfois à l’analogie des [trois motocyclistes][]
pour expliquer pourquoi les Propositions Créatives sont exclusives
entre elles et qu’elles ne peuvent être harmonisées. Je ne trouve pas
cette analogie convaincante: il est clair que les trois amoureux de la
motocyclette ne le sont pas pour les mêmes raisons mais, qu’en plus,
il ne pratique même pas la même activités. Peut-on dire la même chose
de trois joueurs pratiquant le jeu de rôle selon trois Propositions
Créatives différentes?

Pour prendre une analogie plus proche du jeu de rôle, prenons trois
amis qui aiment beaucoup les figurines. Ludovic aime les figurines:
il en a des bataillons complets qu’il classe minutieusement,
connaissant par coeur les caractéristiques du soldat ou du cavalier
que chacune d’entre elles représente. Il les étudie avec attention et
s’inscrit régulièrement à de longs tournois aux règles complexes dans
lesquels il affronte d’autres joueurs sur de longues batailles durant
plusieurs heures.

Son ami Nathaniel aime aussi les figurines mais pas pour les mêmes
raisons. Il les choisit soigneusement et les peints amoureusement
afin de monter des maquettes au décor soigné. Il passe de longues
heures à bâtir ces maquettes et les expose ensuite, pouvant passer de
longues heures à vous raconter la scène qu’elle représente et
l’histoire de chacune des figurines la composant.

De son coté, Simon aime aussi les figurines. Il a probablement la
collection la plus diversifiée des trois, toutes ces figurines étant
uniques. Il va souvent collectionner toutes les figurines d’une race
donnée pour ensuite s’en désintéresser complètement pour passer à une
autre série.

On comprend aisément que bien que les trois amis aiment les figurines,
aucun ne le fait pour les mêmes raisons. Il est aussi très clair
qu’aucun ne pratique la même activité: Ludovic est un stratégiste,
Nathaniel un artiste, et Simon un collectionneur. Pourtant, sachant
qu’ils sont de bons amis, on aura aucune peine à croire qu’ils
pratiquent ensemble le jeu de rôle. Est-ce leur activité favorite? Y
trouvent-ils du plaisir? Quelle Proposition Créative adoptent-ils
ensemble?

Mon avis sur le sujet est que s’ils y trouvent du plaisir, c’est
qu’ils s’ajustent constamment pour s’assurer que personne ne s’ennuie.
Ils savent que Ludovic va toujours prendre soit un guerrier ou un mage
puissant, son personnage étant toujours redoutable d’efficacité et
ayant toujours en tête la meilleure stratégie pour abattre les
obstacles. Simon et Nathaniel lui font confiance lorsque vient le
temps de les sortir du pétrin. Nathaniel, lui, a tendance à prendre
des personnages troublés ou avec de grandes valeurs. C’est souvent à
travers ses personnages que l’histoire va se bâtir, provoquant des
dilemmes que les autres joueurs vont lui aider à résoudre. Quant à
Simon, on ne sait jamais ce qu’il va jouer: probablement un personnage
de la même race que la dernière série de figurine qu’il s’ait acheté.
Simon est le jack-of-all-trade du groupe, jamais vraiment efficace
mais capable de tout faire. Il finit toujours par sortir une idée
inattendue et a une mémoire fabuleuse pour tous les petits détails que
le groupe aurait pu oublier.

Leur MJ, Michel, les connaît bien et s’assure à chaque moment que le
groupe ne s’ennuie guère. Il suit pour cela les conseils de Robin
D. Laws dans son livre « Robin’s Laws of Good Game Mastering » qu’il a
développé davantage pour tenir compte de son groupe. Ainsi, il sait
qu’il pourra compter sur le personnage de Nathaniel pour guider le
groupe vers une histoire cohérente et intéressante. Pour Ludovic, il
s’assure de mettre en place des épreuves difficiles, son défi étant de
lui donner du fil à retordre. Quant à Simon, c’est sa boîte à
surprise: ses personnages sont des aventures en elles-mêmes et met à
l’épreuve les habilités d’improvisateur de Michel. Michel a toutefois
compris que même l’improvisation se prépare et il essaye de ne pas
oublier les petits détails que Simon va probablement lui demander en
cours de partie.

Le groupe s’amuse-t-il ainsi? Si Michel s’est bien préparé,
probablement. Bien que chacun ait ses préférences au niveau de ses
activités, il trouve toujours de quoi les servir dans les parties de
Michel. Ludovic a ainsi pu appliquer des idées de stratégie
développer lors de ses parties et Nathaniel fabrique souvent des
maquettes à partir des aventures de ses personnages. Quant à Simon,
il est toujours heureux de sortir sa dernière acquisation sur la table
de jeu.

Les joueurs ont bien essayé de maîtriser à leur tour à la place de
Michel mais ça n’a pas très bien fonctionné. Ils ont trouvé les
épreuves de Ludovic trop difficile ou trop longue à résoudre, n’ont
rien compris au scénario que Nathaniel leur proposait et la partie de
Simon est rapidement partie dans toutes les directions à la fois sans
que personne n’y comprennent un rien. Michel a bien essayé de leur
expliquer ce qu’il ne marchait pas mais ce fût peine perdue: l’intérêt
n’y était pas et rapidement Michel est redevenu le MJ du groupe, pour
le plaisir de tous.

Cette histoire de nos quatre amis est, à mon avis, crédible. Peut-on
m’expliquer maintenant, dans les termes du GNS, pourquoi Michel
réussit à obtenir de bons résultats là où les autres ont échoué? Les
parties de Michel semblent répondre à toutes les Propositions
Créatives offertes, ce qui est impossible selon la théorie. Les
parties des autres joueurs semblent avoir une Proposition Créative
plus claire mais l’intérêt n’y est pas. On pourra dire que le GNS ne
répond pas à ce groupe, qu’il est inutile mais en ce cas, comment
Michel fait-il pour rendre la partie intéressante pour ce groupe
disparâte?

Personnellement, je trouve ce groupe beaucoup plus représentatif d’un
groupe « normal ». La méthode de Michel pour parvenir à maintenir
l’intérêt du groupe me semble plus intéressante et c’est celle que je
cherche à exposer dans mes recherches jeuderôlistique. Si le GNS ne
parvient pas à obtenir de bons résultats avec un tel groupe, ou
prétend que le groupe ne peut jouer entre eux, je trouve le modèle
incomplet, voire limitatif et ségrationniste (sans nécessairement
avoir la force péjorative normalement associé à ce dernier terme).
Mon avis est que la méthode (qui manque encore d’assise théorique pour
être exposée) de Michel peut bien répondre à la fois à un groupe
« compatible » avec le GNS (c’est à dire pour lequel on peut déterminer
une Proposition Créative claire qui favorisera l’intérêt du jeu) qu’un
groupe qui serait considéré comme Incohérent par le GNS (comme nos
trois amis). La recherche doit toutefois sortir du cadre du GNS car
ce dernier ne semble pas s’intéresser pas à un tel groupe, le jugeant
incohérent. Du moins est-ce là ma compréhension du GNS.

Note: Message paru sur [jeuderôlogie][motocyclettes]

[trois motocyclistes]: http://www.indie-rpgs.com/forum/index.php?topic=16406.0
[motocyclettes]: http://fr.groups.yahoo.com/group/jeuderologie/message/585

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